Extraits de lettres des combattants bilhérois

24 mars 2009 | Imprimer Extraits de lettres des combattants bilhérois

1914-soldatq20 octobre 1914: Lettre du front de Jean-Baptiste TRESARRIEU-BESINCO, sergent au 143e RI à Justine TB
Je vois avec bien de la peine que tu n’avais reçu aucune nouvelle de ton pauvre mari, mon frère. Il faut avoir courage et espoir qu’il sera encore en vie, qu’il soit prisonnier, ayons confiance en Dieu. Il y a quelques jours j’écrivis à ton frère Barthélèmy, Louis GLERE a son adresse. Je n’ai pas de réponse, Dieu veuille qu’il soit en bonne santé ainsi que Jean et Auguste, que Dieu les garde de tout accident. Moi, je suis très bien portant ainsi que Louis GLERE. J’ai de bonnes nouvelles de mon frère Victor ……

21 octobre 1914: de Jacques CORTEILLES du plateau de Craonne, 218e de ligne, 2e compagnie,
« Ma chère Justine,

Je viens de recevoir une lettre de Anne me disant que tu serais contente de recevoir de mes nouvelles directement. C’est avec un grand plaisir que je le fais et t’adresse mes excuses pour avoir tant tardé. Si je ne t’ai pas écrit c’est pour le motif de chercher à découvrir quelques renseignements plus précis sur la situation du pauvre Pierre. J’ai été une fois à sa compagnie pour voir si je pouvais découvrir quelque chose et par la même occasion je vis Barthélèmy pour la seconde fois.
J’ai parlé avec un caporal de la compagnie de Pierre qui était bien gentil mais ne put me donner aucun
renseignement sur sa disparition, lui et tant d’autres. Au début on croyait qu’il n’y avait pas eu de prisonniers mais ces jours derniers il est arrivé des nouvelles de quelques uns qui avaient été blessés et ramassés par les Allemands.
La correspondance de ces blessés est très longue à parvenir. Du plus profond de mon âme j’adresse des vœux pour qu’il fasse partie des blessés et prisonniers. Dès mon arrivée, je demandais où avait eu lieu cette fameuse attaque du 12 octobre. Je n’en suis pas très éloigné, à 2 km environ et je suis à portée pour contempler le paysage. Inutile de te dire que ma pensée et ma vue sont souvent en rapport avec ce coteau. Mais hélas, il m’est bien impossible d’aller me rendre compte de ce qui s’y passe. C’est tout près de la tranchée ennemie, l’adjudant de la 11ème compagnie m’assura qu’il n’avait été ni relevé
ni trouvé sa plaque.
C’était vraiment pénible pour moi de te donner ce compte-rendu, car je me figure les peines et les angoisses que tu dois endurer Mes meilleurs vœux de consolation et d’encouragement. Dorénavant, je me ferai un réel plaisir de te donner de mes nouvelles le plus souvent possible. Ca m’était dur de commencer, je savais que cela te ferait de la peine. Tous ceux de Bilhères qui sont par ici sont en bonne santé. Espérant que tu me pardonneras mon retard et que tu seras assez bonne pour me donner de tes bonnes nouvelles. Dans ta prochaine tu me diras si tu as des nouvelles de Jean et d’Auguste.


7 novembre 1914: de Pierre TB CASADEPATZ de Bouxières aux Chênes

Chère cousine,

Venant d’apprendre hier au soir la triste et touchante nouvelle, le pauvre Pierre a été blessé et disparu, je viens par ces quelques lignes m’entretenir avec toi. D’abord te souhaiter courage et je me joins à tes peines mais ayons confiance en Dieu qu’il veuille qu’il ne soit que blessé et qu’il soit vite rétabli ……
11 novembre 1914: de JB TRESARRIEU-BESINCO
…. Pierre PEYREGNE et moi avons fouillé toutes les listes du début à la fin. Le nom de ton cher époux n’y figure pas. Nous avons encore espoir qu’il sera en vie. Faites écrire à la Croix Rouge de Genève ……

19 novembre 1914: Jacques CORTEILLES à Marie ARRIBE
Chère Belle mère,
Je renvoyais de jour en jour de vous donner de mes nouvelles avec l’espoir de pouvoir vous dire que j’avais vu Barthélèmy mais je n’ai pu le rencontrer, figurez vous avec quelle impatience j’attends ce doux moment. Ce qui me console c’est que j’en ai eu des nouvelles à plusieurs reprises. Hier au soir encore en venant  ici j’ai trouvé CASENAVE de Bielle qui m’a dit qu’il l’avait vu avant hier bien portant. Ils sont tous les 2 au 18ème tandis que moi je suis au 218ème…..
……. Nous sommes dans les tranchées pour 4 jours , le jour nous ne pouvons pas sortir dehors et la nuit nous allons travailler pour faire d’autres tranchées pour ne pas être vu par l’ennemi. Nous avons un temps sec, je voudrait qu’il durât ces 4 jours car dans nos niches de renards il fait pas bon quand il pleut, tout de même quand nous sommes dedans nous ne souffrons pas trop de froid, nous avons un peu de paille comme sommier, puis couchés là comme des petits co…..  .

Nous touchons des vivres assez régulièrement, sauf quand nous sommes dans les tranchées nous n’avons pas de soupe, jugez donc de la goudale….  .

22 novembre 1914 : lettre de JB TRESARRIEU-BESINCQ à Justine TB

……….Je n’ai pas reçu de nouvelles de ton cher époux, mon frère, mais malheureusement, j’ai quand même eu de ses nouvelles par notre cousin, Pierre CASADEDATZ. Je pense que tu auras été avertie. Il paraît que le pauvre a été blessé. Pauvre de lui, Dieu veuille qu’il ait été soigné à temps et surtout que sa blessure ne soit pas grave et qu’il soit rétabli vite. Tu n’as pas à te chagriner, il est bien soigné et si son cas est peu grave, il peut être tranquille, il est au moins hors de combat et à l’abri des terribles intempéries de l’hiver. Nous avons de la neige depuis 4 jours et c’est maintenant une glacière terrible, on ne peut plus circuler.  ……


6 décembre 1914: de Victor TRESARRIEU-BESINCQ de Beux. Pas de Calais à Justine TB

…………Je partage également ta peine chère Justine car voilà bientôt deux mois que tu es sans nouvelle de ton cher époux. Et bien, il ne faut pas te décourager, pour moi j’ai espoir de revoir le pauvre Pierre car s’il était tombé au Champ d’Honneur, on serait avertis. J’ai causé à mon lieutenant qui est très gentil, il m’a dit que depuis cette époque, on aurait été avertis.
D’après toutes les demandes qu’on reçoit, soit à la Croix Rouge, soit au ministère, on ne peut donner des nouvelles que très longtemps après l’internement du prisonnier. De plus, tout prisonnier de guerre ne peut écrire que 40 jours après son internement. Les nouvelles doivent passer par plusieurs bureaux, il faut 2 à 3 mois pour qu’elles arrivent. Donc ai courage chère Justine , il faut espérer que la Providence viendra à notre secours.
Enfin, cette maudite guerre va éprouver bien des familles et en laisser un grand nombre pendant plusieurs mois dans de grands cauchemars. J’ai reçu une carte de notre frère Jean-Baptiste, il est dans les environs mais je ne sais si nous aurons la chance de nous rencontrer. Il était en bonne santé. ………

13 décembre 1914: de Barthélèmy ARRIBE à sa mère

Chère mère, …….
……..Vous direz à Jean-Baptiste de soigner le bétail, de ne pas leur faire ravager le fourrage, qu’il ne leur donne que pour les entretenir passablement. Vous pouvez garder les veaux encore quelques temps en les soignant un peu et peut être qu’en même temps, la paix arrivera, quand au reste du bétail n’en vendez pas. ……..
…….Je vais écrire à Auguste qu’il vous adresse un peu d’argent pour le ménage et surtout soigner les enfants ne les laissé pas souffrir parce que malheureusement ils auront le temps de sentir les conséquences de la guerre plus tard.
Ne demandez pas de l’argent à personne, même à ceux qui m’en doivent. ……

…… Vous dites que vous êtes bien malheureux, je comprends bien votre situation mais croyez chère mère que nous sommes bien plus à plaindre que vous et nous devons nous résigner quand même, il n’y a rien à faire c’est la guerre.
Il y  quelques jours j’ai vu Jacques et Joseph LASSALE, Jacques SOUVERCASE et Auguste BONNECASE mais nous sommes peu ensemble, je suis seul au 18ème. Vous direz à Justine que de Pierre  on ne peut avoir aucun renseignement . Il peut être prisonnier alors qu’elle ait beaucoup de patience et de courage. ……

19 décembre 1914:  de Victor TRESARRIEU-BESINCQ de Bully, Pas de Calais à Justine TB
Très chère belle sœur Justine,

Je profite de ce peu de repos pour te donner de mes bonnes nouvelles et t’adresser mes respectueux souvenirs. Je souhaite que tu sois en bonne santé ainsi que tes chers enfants, qui te distrairont par moment, car il me semble te voir bien chagrinée sur le grand silence de ton cher époux.
J’espère que tu auras reçu ma dernière lettre où je te disais l’inconvénient qu’avaient les prisonniers français en Allemagne. Enfin, j’espère que maintenant tu auras eu quelques nouvelles ; et il faut espérer qu’elles seront bonnes, car si le pauvre Pierre à la chance d’être prisonnier, il ne sera pas malheureux. D’après les journaux, les prisonniers français sont bien traités mais les alliés au contraire sont mal traités.
Je n’ai encore reçu aucune nouvelle de la Croix Rouge de Genève, je ne m’étonne pas car ils peuvent à peine le savoir. Ne désespérons pas chère belle-sœur et demandons à la providence d’exaucer nos prières. Je n’ai pas encore eu le bonheur de rencontrer notre frère Jean-Baptiste, nous sommes tellement déplacés depuis quelques jours, nous ne savons plus où nous sommes, mais toujours bien près de l’ennemi. Je n’ai non plus rien de ton frère Barthélèmy, je lui ai écrit il y a quelques jours.

Je viens de recevoir une lettre de ma chère épouse qui venait de passer un moment avec toi. Elle m’a parlé pour le loyer tu n’as pas à t’inquiéter chère belle sœur. M…………. ne peut pas t’obliger à payer durant les hostilités. Et puis, pour ton allocation du Gouvernement, si …………..voulait bien s’en occuper, tu pourrais toucher et tu devrais toucher dès le début . Tu paies un loyer et vos contributions ne sont pas assez élevées. Sais-tu que 2 francs 25 par jour depuis le début de la guerre, cela te ferait une bonne somme.
Il me semble qu’il y a beaucoup de nonchalance ou de mauvaise volonté de la part de ………… . Ils devraient participer, ces beaux messieurs avec les balles et la mitraille qui nous sifflent par ici. Ils verraient si les pauvres épouses peuvent faire bon sang en songeant à ceux qui leur sont chers et leur soutien.

21 janvier 1915: de Victor TRESARRIEU-BESINCQ de Bully, Pas de Calais à Justine TB
……. Quand même ta santé sera parfaite chère belle-sœur, ton esprit ne doit pas l’être, car je te vois toujours soucieuse par la pensée de ton cher époux. En effet, le temps commence à nous paraître long à tous et pourtant, moi, j’ai plus d’espoir que jamais. Si mon pauvre frère avait été blessé grièvement ou disparu complètement, nous aurions eu des nouvelles. Il est sans doute prisonnier, dans un endroit où on ne lui permet pas d’écrire. Est-il blessé à la main ce qui l’empêche d’écrire? Un de mes camarades de la Vallée d’Aspe vient de recevoir des nouvelles de son beau-frère, blessé et ramassé par les Allemands le 28 octobre. Il était dans un hôpital et n’avait pu écrire que ces jours ci, il était également porté disparu.
J’ai reçu une carte de ton frère Barthélèmy, il est bien et espère que le pauvre Pierre sera toujours prisonnier. Ah oui ! chère Justine, nous en endurons dans cette maudite guerre et nous n’avons pas fini. Que Dieu nous protège et fasse un miracle pour terminer ce grand fléau, car pareilles choses ne se sont jamais vues.

3 février 1915: de Jacques CORTEILLES à Marie ARRIBE
Chère belle mère,

……De crainte qu’il ne puisse donner de ses nouvelles de quelques jours je vous préviens de la situation de Barthélèmy. Je viens d’apprendre par J CASENAVE de Bielle qui est aux sapeurs du 18ème que Barthélèmy a été fait prisonnier et que sans doute à l’heure qu’il est il doit être en Allemagne. Il y a 3 compagnies qui ont été faites prisonnier, sur le nombre il y doit y en avoir plusieurs de la vallée d’Ossau. J’ai été très heureux d’apprendre qu’il était prisonnier de cette façon j’espère qu’il sera sauvé et hors de danger. …..
….. Auguste BONNECASE et Jacques SOUVERCASE sont à ma compagnie, nous nous voyons à chaque instant tous les deux se portent bien. Je vois quelques autres de Bilhères  de temps en temps tel que Jean ARRIX, Jean SALLENAVE, Joseph LASSALLE et un autre jour Jean BAYLAUCQ. ……

5 février 1915 de Jacques CASENAVE à Marie ARRIBE
Chère madame,
Je viens de recevoir votre lettre que vous avez envoyée à votre cher fils qui ne peut pas vous répondre pour le moment mais il faut espérer que dans quelques jours il vous donnera de ses nouvelles. Les boches ont fait une attaque le 26 et nous ont fait 2 compagnies de prisonniers et lui est du nombre, mais chère mère, soyez tranquille  il vaut être prisonnier que mort. ……….

12 février 1915:  de Jacques CORTEILLES du front à Justine TB
…. En plus de ton anxiété de ne pas pouvoir découvrir la situation exacte de ton pauvre Pierre, nous avons à présent, le souci de découvrir ce que Barthélèmy est devenu. J’ai reçu une lettre de Jacques CASENAVE de Bielle me disant que Barthélèmy était prisonnier ainsi que MORLANE de Bielle, COURA et le fils du juge d’Arudy mais je n’ai rien de précis. Je ne sais pas si la compagnie a été surprise sans pouvoir se défendre ou si elle s’est battue.
Voilà mon souci, malgré tous mes efforts pour le découvrir, il m’a été impossible d’y arriver. C’est vrai qu’on a interdit aux soldat du 18ème de donner des nouvelles des événements passés.
J’avais eu une lettre de ton frère Jean-Baptiste, quoique rentré tard à la caserne, il n’a pas tardé à partir au front. Il est en train de faire des tranchées dans la Nord. Il n’avait pas encore eu le plaisir de rencontrer son frère Victor qui n’est pas loin d’eux. »

19 mars 1915: de Pierre TRESARRIEU CASADEPATZ de Bouxières aux Chênes à Justine TB
……. Voilà longtemps que nous sommes au même endroit et en même position mais cela ne nous empêche pas de nous barber de toutes les façons et encore si nous étions bien nourris et bien couchés. Voilà 6 mois que nous couchons sur la dure et les os commencent à être durs. Et si nous avions beau temps ça ne serait que la moitié du mal. Combien auront leur santé gâtée pour la vie.
De mon coté je suis bien, je n’en désire que la continuation et que notre suprême nous amène à la victoire et à la paix bien vite car je crois que tout le monde est comme moi, qu’ils en ont assez. Je n’ai pas eu de nouvelles de Jean et d’Auguste, il faut espérer qu’ils sont mieux que nous autres et qu’ils n’auront sans doute pas autant de feu et de mitraille. J’ai eu des nouvelles de mes beaux frère et cousin Victor, tous sont bien et me chargent de te présenter leurs plus affectueux souvenirs. Jean me dit qu’il voit souvent des Bilhérois, ton beau frère Jacques Corteilles, Auguste Bonnecase, Joseph Lassalle et Souvercase. Je vois qu’ils sont contents de passer quelques moments ensemble ainsi que Jean-Baptiste et Victor. Pas comme moi, voilà depuis le mois de décembre que je n’ai plus vu aucun de la Vallée d’Ossau donc tu penses si je trouve le temps long sans voir personne pour passer un petit
moment et causer de notre pays et de tous ceux qui nous sont chers …….


20 juin 1915: Mme HAYET de Bedous à Barthélèmy ARRIBE prisonnier

Cher ami ARRIBE,
Comme j’ai su par votre mère que vous aviez été évacué et que vous ne parlez surtout de mon pauvre mari HAYET Joseph et mr SARAUDET nous a écrit que vous étiez dans la même chambre. Je viens cher Barthélèmy vous prier en toute grâce de me dire le sort que mon pauvre mari a subi.
S’il est mort de ses blessures dites le moi franchement car ces choses ne doivent se cacher c’est même un devoir pour les camarades de dire la vérité car vous pouvez croire que je suis dans une grande désolation depuis 5 mois de ne pouvoir savoir s’il est mort ou en vie.


14 juillet 1915: de Auguste ARRIBE, de Laruns, à son cousin Barthélèmy

Mon cher cousin,
J’ai reçu hier ta lettre du 10 juin. J’ai été bien peiné de voir que tu avais été assez gravement blessé, je me doutais bien que puisque tu n’étais pas encore guéri depuis le 21 janvier, c’est que tu avais dû être bien atteint. ……
……. Ce mois de février nous avons eu beaucoup de neige, plus qu’on en avait vu depuis 60 ans. A bilhères il y avait chez moi 1m75, ce qui fait qu’en haute montagne il en reste beaucoup. On dit que le plus grand lac d’Ayous est encore couvert de neige. Néanmoins le bétail y est monté le 1er juillet. …..
……Nous avons beaucoup de pluie depuis un mois elle tombe sans discontinuer par orages journaliers. Nous avons beaucoup de difficultés à rentrer les foins qui pourrissent sur place. …
… Nous n’avons pas d’autre décès si ce n’est celui du pauvre Pierre, ton beau frère. ….
….. Je t’adresserai quelques biscuits incessamment  mais par la poste on ne peut envoyer que des colis de 250 grammes. ………

1er août 1915: De Auguste de Laruns, ARRIBE à son cousin
Mon cher Barthélèmy,
J’ai reçu tes deux dernières lettres du 23/§ et du 3/7, je suis content de savoir que tu reçois les colis. Il faudra me dire si tu veux que je continue de t’envoyer du pain, des saucissons ou préfères-tu des conserves. ….
……..dans ta dernière lettre tu me dis comment tu as été blessé, ta blessure a été grave et malgré que tu doive subir une autre opération, je vois que tu as du courage pour supporter ton mal. C’est énorme de pouvoir dire qu’on se reverra tout de même. Je n’ai pas dit que tu avais perdu un oeil ni donné de détail et je ne le dirai pas encore à moins que tu ne le veuilles.

10 octobre 1915: de Pierre TB CASADEPATZ du front à Barthélèmy ARRIBE
Cher cousin,
J’ai appris avec une vive joie que tu est revenu au milieu de tous les tiens et que tu es sorti des grandes souffrances que tu as dû endurer au milieu de ce peuple barbare. ……..
……..Quand à moi, cher cousin je suis en bonne santé, j’ai toujours supporté avec courage  toutes les difficultés de cette maudite guerre qui est bien longue et bien pénible, maintenant  on commence à s’ennuyer et on trouve le temps bien lon.

16 octobre 1915: Jean COURS-SALIES à Barthélèmy ARRIBE
très cher ami,
J’ai été très heureux de savoir que tu étais de retour au pays, après avoir longtemps souffert en pays ennemi. ……
….Je ne puis te raconter grand chose au sujet de la guerre, car la vie des tranchées tu la connais aussi bien que moi. Depuis quelques jours la lutte a recommencé et le calme que nous avions depuis le début de l’année a cessé. Les torpilles, crapouillots et grenades tombent fréquemment, aussi nous avons des pertes bien grandes. Pour te dire que l’effectif de l’escouade , nous sommes 7. Je l’ai échappé déjà plusieurs fois, mais je suis toujours fort et bien portant. L’offensive qui a lieu en Champagne (1) à l’air de bien marcher. Le jour de l’offensive a été un vacarme infernal d’artillerie, nuits et jours les batteries ont bombardé les tranchées qui disparaissaient sous la fumée des obus. Nous étions prêt à l’attaque, chaque homme avait 5 grenades et 1 couteau (2), finalement il y eu contre ordre et il a mieux valu.
De Bilhères j’en vois toujours quelques uns, les 2 ARRATEIG, SOUVERCASE et PEDEFOURCQ. Pierre COURS je l’ai vu il y quelques jours, il allait en corvée.
(1)25 septembre au 16 novembre, 2e offensive française en Champagne.
(2)Pour le “nettoyage des tranchées” la grenade et le coteau de boucher étaient souvent préférés à la baïonnette qui portait la longueur du fusil à 1m80, ce qui devenait une gêne.

2 janvier 1916: de Jean ARRIBE de Casablanca à Justine TB
Ma chère Justine,
Je compte sur ton bon cœur pour m’excuser de ne pas t’avoir écrit depuis très longtemps. La très mauvaise nouvelle qui t’es arrivée m’avait causé beaucoup de peine. Je voulais t’écrire tous les jours, et pour cela il me fallait un temps de tranquillité loin de tout bruit. A certains moments le courage m’a manqué. Comprends-tu, ma chère sœur que c’est très dur pour moi de venir t’encourager ? J’y ai pensé très souvent, et malgré la certitude qu’il paraît, moi, je conserve un espoir. On a vu une foule de cas, on voit tous les jours, l’avis officiel annonçant la mort d’un tel au champ d’honneur, c’est une erreur. Le disparu, un beau jour donne de ses nouvelles du fond d’un camp de concentration Allemand.
Avant hier, c’est arrivé pour le frère d’un ami disparu le 4 août 1914, donné mort par le ministère, reparu le 10 janvier 1916. ……….

1915-arr225 février 1916: de Rosalie COURS-SALIES à JB ARRATEIG
C’est avec grand plaisir que nous avons reçu votre carte du 12 qui nous a trouvés en bonne santé j’espère qu’il en est de même pour vous. JB FAUGAS, JB MIRANTET, JB LAPLACE et JB PEDEFOURCQ sont en permission j’espère aussi que votre tour viendra.
Nous avons commencé à fumer les prés, le temps revenu au beau. Bientôt il va falloir semer l’orge et les durs travaux reviendront et nous serons encore seules pour travailler. tes parents aussi se portent bien. Ils ont reçu des nouvelles d’Auguste…….

16 mai 1916: Jean BAYLAUCQ à Barthélèmy ARRIBE
Mon cher Barthélèmy,
…. Nous avons voyagé pendant quelques jours et nous voici à V……. Mon cher ami je t’assure que ça barde et à mon avis c’est bien cette terrible bataille qui va décider de la fin de la guerre. (1) Nous même artilleurs nous sommes éprouvés. Nous recevons il est vrai du 150, 210 et 380 sans compter les obus suffocants que nous avons pendant 15 heures. Du courage je t’assure que j’en ai mais peu d’espoir d’en sortir. Enfin, nous les aurons tout de même j’en suis convaincu. Ce n’est pas je t’assure la tranquillité du secteur de l’A…… où nous avons combattu ensemble. ….
(1)Le 21 février 1916, les Allemands attaquent dans la région de Verdun, la bataille dura 10 mois.

20 août 1916 de Pierre COURS à B. ARRIBE
Mon cher ami Barthélèmy,
Je viens de recevoir ta lettre qui m’a fait bien plaisir te savoir en bonne santé ainsi que ta famille, pour moi je peux t’en dire de même pour le moment je ne souffre pas tant qu’au début, on m’a opéré deux fois, je ne sais pas s’il faudra recommencer.
Je vais te dire comment ça s’est passé. L’attaque de la Somme a été  un enfer depuis le 25 juin j’ai quitté la Belgique et arrive sur la Somme. Le 1er juillet nous avons commencé le feu nuit et jour. Jamais ceux qui sont morts, ceux qui sont en vie et ceux qui viendront au monde après ne verrons une mitraille pareille. J’ai été blessé le 23 juillet à 10h du soir j’étais comme tireur à la pièce j’étais le dernier à rester et on nous bombardait en plein mais
il fallait pas céder.
La pièce chargée tous rentraient aux abris. J’étais sur la pièce pour donner l’angle, c’était terminé, j’allais faire partir le coup voilas un 210 qui arrive, éclate à 10 mètres de la pièce, j’ai récolté un éclat au bras gauche qui me l’a traversé et m’a coupé l’artère. Je saignais comme quand on tue un cochon, j’ai été tout seul blessé mais malgré que blessé j’ai fait partir le coup ce qui m’a valu une citation à l’ordre du régiment et la croix de guerre que je vais toucher ses jours ci……

7 septembre 1916: JB TB à Barthélèmy ARRIBE
Bien cher Barthélèmy,
Hier au soir j’eus la satisfaction de voir mon frère Victor qui m’apprit que tu étais rentré. Malgré les grandes souffrances, endurances et privations que tu as essuyez, aujourd’hui tu dois te trouver heureux d’être hors des dangers que cette maudite guerre nous fait éprouver et surtout que tu as la vie sauve. ….
…..Ma pensée s’était portée plusieurs fois sur toi plaignant ton existence au milieu de ces hordes et meurtriers boches. La providence a voulu que tu revienne vers tes chers enfants.


20 octobre 1916:Jean BAYLAUCQ du front à B.ARRIBE

Mon cher Barthélèmy,
Ton retour en France m’a été annoncé il y a quelques jours. Ma joie a été grande à l’annonce de cette nouvelle je te l’assure. 10 mois de captivité de souffrances et surtout d’humiliations de la part de ces gens là Que c’est long. Tu dois être heureux dans notre cher Bilhères près de tes chers enfants, de ta mère de tes amis. J’ai en compte une permission à la fin du mois, j’irai te faire une visite. J’eus de tes nouvelles par ta mère et monsieur le Maire. ….
…. Tu dois te demander ce que nous faisons pour ne pas nous être encore débarrassé des boches. Depuis un an nous voilà au même endroit. (1) C’est une distance de 1.500 à 2000 mètres qui me sépare de l’endroit ou fut livré le terrible combat où tu fus pris par les boches. Je vois très souvent A BONNECASE, JB HONDAA et J SOUVERCASE. IL Y a un an nous nous tenions prêt à marcher de l’avant mais je crains fort qu’il nous faudra encore passer l’hiver ici…..
(1)allusion à la guerre de position qui fait beaucoup de morts pour peu de résultats.

1916-arr8 janvier 1918: de JB GARROCQ à A. ARRATEIG
Mon cher Alphonse,
C’est avec plaisir que j’ai reçu ton aimable carte du 1er qui est venu me trouver en bonne santé je souhaite que ma missive te trouvera jouissant du même bonheur ainsi que ton frère. Nous voila encore en 1ère ligne, on devait être relevés mais on va y passer le mois complet suivant ce qui a été dit. Le temps est mauvais, hier une journée de pluie  cette nuit la neige. …….
………. Depuis quelques jours les boches nous envoient quelques chose comme marmites, il ont l’air de
vouloir se réveiller. (1) Je vais aller en permission dans quelques jours d’ici, je suis le 5e ou 6e à partir. Nos copains se portent bien, Basile est pour faire un stage de signaleur. ……
(1)annonce de la dernière grande offensive allemande

10 juin 1918: de JB PEDEFOUCQ 277e à Auguste ARRATEIG
Cher ami,
…. Je suis en bonne santé pour l’instant je ne puis que t’en souhaiter de même. Pour mon compte je n’ai pas encore
à me faire de mauvais sang. Me trouvant au dépôt, je suis à moitié sauvé….
….Je vois avec déplaisir votre déplacement qui n’a rien de bon. La situation à l’air d’être tragique. espérons que vous en sortirez sauf comme par le passé. Oui une blessure comme ma dernière n’est pas à dédaigner mais que veux tu nos destinées ne sont point pareilles. Ca te reviendrait de droit d’aller faire un petit tour à l’arrière. ….
…… De mon coté l’on craint quelque chose. Peut être aussi que les boches nous font des feintes pour nous faire amasser des troupes là où je suis. Si ce malheur arrivait j’ai bien peur que je n’aurai pas les sabots assez grands pour fuir. Si j’ai la route de l’arrière  libre je puis t’assurer que je ne m’arrête qu’à Bilhères. ……

29 août 1918: de Auguste ARRATEIG à ses parents

….. que pourrais-je vous raconter, pas grand chose qui puisse vous intéresser. Nous voila au repos depuis le 23 au soir dans un petit village  à coté de Compiègne mais on est aussi mal comme ravitaillement, pas possible d’acheter un litre de vin faute de civils qui ont presque tous quittés le pays lors de l’offensive des boches. Comme cantonnement on est assez bien couchés sur de la paille, enfin on y resterait bien tout de même si on voulait bien nous y laisser…..

1918-arrAoût 1918: de Auguste  à son frère
……Bien cher frère je t’assure que tu as eu de la chance de t’échapper de celle-ci malgré les souffrances que tu as dû endurer au début de ta blessure. Tu peux croire que le boche qui t’a blessé t’a rendu un grand service. Je t’assure que nous en avons vu un peu de toutes les couleurs  surtout les 12 jours que l’on a passés à l’attaque. Ca a été un peu dur d’enlever ce fameux massif de Thiécourt et toujours sous bois comme artillerie ce n’était pas bien terrible. Je t’assure que ce n’était pas Verdun mais ces vaches  avaient de véritables nids de mitrailleuses  et pour qu’on arrive à les dénicher, tu peux croire qu’il fallait en faire des manoeuvres avec la pièce sur l’épaule de même que les caisses. Je t’assure que ça n’était point intéressant, ces fumiers la, ils nous ont opposé une résistance terrible.
A la compagnie pas grand chose de nouveau. Je t’assure qu’elle n’était plus la même, on est descendu à 40 dans les sections de tir et ceux qui y sont encore sont à moitié esquintés par les gaz. …..
…. Je pense bien que tu n’hésiteras pas à aller à Pau demander une prolongation. Profite d’être au grand dépôt pour tirer au flan le plus longtemps possible. Trouve un moyen pour te faire embarquer pour instruire la classe 20 autrement fait ton possible pour changer d’arme, si tu pouvais seulement réussir à passer l’hiver. Je dois te dire que le 12e à décroché une fourragère ainsi qu’une citation à la prochaine médaille militaire. ……..


Remarques sur  ces correspondances

Ces lettres montrent que les relations entre soldats au front sont fréquentes et répétées. Ils communiquent entre-eux, essaient de s’informer, se donnent des nouvelles, qui parviennent à son destinataire par plusieurs canaux différents. Ce qui importe pour tenir c’est la fraternité, la proximité et la rencontre avec ceux du village ou de la vallée. Cela est favorisé par le recrutement très régionalisé, sauf cas particuliers, des régiments. L’un d’entre-eux, isolé, ditsa solitude.
Les lettres à destination de la famille montrent que la coupure entre le front et l’arrière était un mythe. Dans ces lettres on parle de soi, assez peu, en termes vagues et abstraits (difficulté, dureté) sans donner de détails précis sur les combats (crainte de la censure, ou autocensure ou sentiment que l’expérience de la guerre est difficilement communicable). On essaie de rassurer sans toute fois être dupe, en utilisant divers subterfuges (illusion que certains sont prisonniers). Il y a un décalage entre le vécu des soldats et ce qu’ils disent à leur famille. On continue “à vivre” avec la famille par procuration en donnant des conseils sur les récoltes, les travaux agricoles à réaliser.
On ne trouve pas dans ces lettres de remise en cause, même si parfois une colère à l’égard des hauts gradés affleure. On s’en remet à Dieu ou à la Providence. Est-ce la marque d’une certaine éducation familiale, religieuse ou résignation ou contrainte intériorisée?
Dans les lettres des Bilhérois comme dans tous les témoignages des soldats de cette guerre en but à une violence extrême et prolongée, la permission, seul vrai lien avec la famille, a joué un rôle capital. Les soldats vivaient dans l’attente de la permission. elle était rare et arbitraire, la lenteur des transports en réduisait le nombre de jours. Les 1ères permissions sont accordées au printemps 1915 (soutenir le moral, la vie économique, la natalité) mais cela dépend de l’activité au front (une journée de permission, c’est 35.000 combattants en moins). De plus reconnaître le droit à une permission c’était reconnaître que la guerre durerait longtemps.
En avril 1916, les députés obtiennent qu’un droit de permission soit accordé (3 séries de permissions annuelles) mais c’est sans compter avec les retards, les suppressions lors des périodes d’offensives, tout ceci provoque un sentiment d’injustice. Ce sera la revendication principale lors de la crise de 1917, après l’échec de l’offensive du 16 avril  au Chemin desDames. Le système des permissions deviendra alors plus égalitaire.
Dans sa lettre du 19 mars 1915, Pierre TB Casadepatz fait allusion à l’inconfort et à l’ennui dans les tranchées, termes biens faibles pour décrire l’horreur . La plupart des soldats meurent lors des bombardements et à cause de l’emploi de la mitrailleuse, nouveauté technique. Ce sont “les orages d’acier” (Ernst Junger). Obus et balles ont provoqué 80% des pertes enregistrées par l’ensemble des armées belligérantes. Heureusement, les soldats ne combattent pas en permanence. Cependant, même en dehors des combats, c’est l’enfer, la boue, la poussière, les rats, les poux, les conditions d’hygiène déplorables, le bruit des obus, les odeurs, la souffrance des blessés………

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