Bataille de Normandie: journal de Marcelle TRÉSARRIEU-BESINCQ

5 juin 2009 | Imprimer Bataille de Normandie: journal de Marcelle TRÉSARRIEU-BESINCQ

1940-didiertbDidier TRESARRIEU-BESINCQ, originaire de Bilhères est fait prisonnier en 1940. Gendarme, il est rapatrié en France le 14 août 1941 dans le cadre des accords d’armistice entre Pétain et Hitler. Nommé à BLAINVILLE sur Orne, près de Caen, il épouse le 15 octobre 1942 Marcelle CHESNE, sage-femme à Dives sur Mer.

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Son journal tenu au jour le jour durant la guerre montre la vie des « gens ordinaires » durant cette terrible période..

Journal de Marcelle TRÉSARRIEU-BESINCQ sage-femme à BLAINVILLE sur Orne de 1942 à 1945, membre de la Défense Passive

Année 1943
Après mon mariage je m’installe à BLAINVILLE, le travail a repris. Beaucoup de médecins étaient mobilisés, avec 2 collègues, nous arrivions à assurer un service décent pour les femmes enceintes, avec beaucoup de marche et de déplacements à bicyclette car les bons d’essence n’arrivaient pas régulièrement.
J’avais une collègue que j’estimais beaucoup. Elle avait deux enfants, très espiègles et était désolée des dispositions de sa fille. Elle mettait toutes les robes qu’elle trouvait et faisait de grands gestes devant l’armoire à glace, prétendant vouloir jouer dans un théâtre lorsqu’elle serait grande. Sa mère ne l’entendait pas ainsi et voulait qu’elle soit sage-femme ou infirmière.
Cette collègue était madame GIRARDOT, sa fille, ANNIE, a fait une belle carrière , mais pas dans un service hospitalier.
Cette collègue m’appelait pour la remplacer car elle était parfois sur la brèche 36 ou 48 heures. Elle était fonctionnaire et employée à la maternité du château de BENOUVILLE dirigée par madame VION. Cette femme admirable a été une résistante de la première heure. Elle a caché beaucoup de gens surtout des jeunes qui, sans elle auraient été envoyés en Allemagne au titre du STO ou fusillés pour actes de résistance.

Extrait du livre LA RESISTANCE NORMANDE FACE A LA GESTAPO, de Raymond RUFFIN, aux Presses de la Cité :
« André LE NEVEZ, garagiste à CESNY BOIS HALBOUT, est déjà dans l’action clandestine depuis 1943. Il travaille pour un dénommé LEFRANCOIS, en réalité Roland SPITZER, employé de banque à CAEN, dirigeant un groupe de résistants avec le Docteur DERRIEN d’Argences. Ils vont constituer le Maquis SAINT CLAIR qui s’étendra à toute la Suisse Normande avec le concours des gendarmes de Pont d’Ouilly et de Thury Harcourt. Grâce à LE NEVEZ qui a reçu un parachutage le 8 septembre 1943 dans un champ appartenant à BEAUNIEUX, les maquisards sont bien armés, bien que la majorité des armes ait été transportée chez Roland VICO, à l’Abbaye d’Ardennes, prés de Caen. En liaison constante avec l’OCM, LE NEVEZ dispose d’un relais à la maternité de Bénouville auprès de madame VION, la Directrice ainsi qu’avec les groupes de Caen.
Le 3 février 1944, Mme VION (le comtesse), appelle LE NEVEZ : « venez immédiatement, j’ai un colis pour vous .» Le chef des maquisards est hésitant, la Gestapo l ‘a repéré, il n’est pas très recommandé pour lui de se promener. Il juge imprudent d’aller à Bénouville. Mme VION insiste : « ce n’est pas un colis ordinaire .» Résigné, LE NEVEZ part à Bénouville.

dandicolleIl est mis en présence d’un jeune homme au visage énergique et décidé qui se présente :
-Capitaine Jean, envoyé de Londres pour coordonner l’action des maquis du Bocage normand. Voulez-vous travailler sous mes ordres ?
- Mais je dépends de l’OCM !
- Je sais mais la Gestapo s’est infiltrée dans l’OCM. Londres a coupé les ponts ; j’en sais quelque chose, j’ai failli y rester ! Vous passerez sous l’autorité du Général Koenig.
L’homme, malgré son jeune âge, impressionne LE NEVEZ. Il accepte, l’épopée du maquis de Saint-Clair commence.
Qui est Jean ? En réalité il se nomme Jean RENAUD-DANDICOLLE, il a 20 ans ! C’est un bordelais, fils d’un Consul. Bachelier à 16 ans, licencié es-lettres à 18, licencié en Droit, il vibre d’une ardeur patriotique extra-ordinaire. Engagé dans la résistance bordelaise au sein du réseau « JADE » de Roger LANDES et claude BESSAC, il est envoyé à Londres à l’automne 1943 pour y acquérir une formation dans le cadre des équipes SUSSEX, entraînés par le SOE.
Parachuté en janvier 1944 en Mayenne avec son radio Maurice LARCHER, leur mission consiste à préparer les arrières du futur front de Normandie pour les troupes parachutées et diriger et coordonner l’action des FFI. Leur secteur comprend le bocage virois, dans un large triangle, Caen-St Lo-Vire. Il sera tué au combat le 8 juillet 1944 à Saint Clair. »

Ma clientèle était constituée d’un gros pourcentage d’ouvriers du Nord venus travailler aux chantiers navals de BLAINVILLE. Les maisons étaient bien tenues, les familles se réunissaient souvent et savaient s’amuser. Le fait d’être éloignés de chez eux et la force de leurs habitudes, me rendaient cette colonie du Nord très sympathique. Dans le besoin que représentait l’arrivée d’un enfant dans ces familles pauvres, j’ai vu ce que représentait la vraie charité et la vraie solidarité.

Lorsqu’un bateau était lancé, la coque était enduite de savon noir. Les ouvriers en profitaient pour remplir des boîtes. Les femmes en faisaient des boules qui lavaient les mains sans abîmer la peau. Le linge était également bénéficiaire de cette aubaine.
Année 1944
Mardi 6 juin
Minuit : Alerte ! J’entends des avions qui volent bas. Les mitrailleuses de la DCA crachent de toute part. Pas de bombardement
3h : Violent bombardement de CAEN et de la côte. Les avions sont nombreux.
3h30 : Plus de courant. Vers CAEN feu intense de la DCA, vers RIVA, lueurs rouges, 2 avions tombent.
5h : Un brouillard qui semble artificiel obscurcit l’horizon. Le canon tonne sans arrêt. Je me lève avec mon mari et nous apprenons que les Anglais doivent être débarqués à OUISTREHAM. Les blindé filent vers RANVILLE et CAEN.
Dans la matinée nous préparons 3 valises avec des vêtements pour nous et le lait condensé pour notre fils. Nous ne voyons plus que des avions dans le ciel, le bruit des mitrailleuses est continu vers la mer.
Après-midi d’attente. Des personnes prétendent que les Anglais sont à Bénouville et Biéville.
22h : D’énormes avions passent sans arrêt en grand nombre, la DCA crache , quelques avions traînent un câble qu’ils lâchent. Ce sont des planeurs qui transportent des troupes, des parachutistes descendent aussi. Des détonations se produisent aux chantiers, ce sont des bateaux terminés qui se sabordent. Une péniche de mazout prend feu et une énorme fumée noire envahit le ciel.

Carte extraite de"L'Atlas du débarquement et de la bataille de Normandie 6 juin - 24 août 1944, éditions Autrement, mai  1994
Carte extraite de »L’Atlas du débarquement et de la bataille de Normandie 6 juin – 24 août 1944, éditions Autrement, mai 1994

Mercredi 7 juin
2h : Après un calme relatif, des avions passent, nous entendons un grand bombardement sur CAEN. Sans doute des bombes au phosphore, les explosions se succèdent. Nous apprendrons dans la matinée que les rues St Jean, des Carmes et des Jacobins brûlent.
5h : Grand bruit dans la cour, nous nous levons et constatons que les Anglais sont là. C’est un immense soulagement, la plupart font un brin de toilette et offrent des cigarettes.
7h : Nous invitons un tommy à faire sa toilette, une partie de la matinée passe en conversation, les enfants ont des gâteaux, du chocolat et du pain blanc.
11h : Un avion allemand passe et mitraille soldats et civils, plusieurs personnes sont blessées. Un brancardier vient me chercher pour panser les premiers blessés , une femme qui a la main gauche traversée d’une balle et un homme qui a un éclat d’obus dans le dos. Le docteur POULAIN doit être prévenu au plus vite.. Un brancardier part mais ne revient pas. Il s’agit de monsieur FEREIRA. Mr LE F… offre ses services à son tour. Après maintes péripéties il touche enfin le docteur et revient avec lui en passant la ligne de feu ce qui n’est pas chose aisée. Une ferme occupée par les Anglais à l’aller est maintenant aux mains des Allemands.
A son arrivée à BLAINVILLE, le docteur POULAIN apprend que son père, chargé de la défense passive à RIVA-BELLA, a eu la main traversée par une balle tirée à bout portant par les boches avant de quitter RIVA. Au lieu de retourner près de sa femme et de ses enfants restés à HEROUVILLE, le docteur décide de retourner à OUISTREHAM ou les blessés sont nombreux, non sans avoir auparavant retiré l’éclat d’obus du dos de monsieur MOUSSE qui est très courageux. Des piqûres d’huile camphrée et du sérum anti-tétanique sont faits aux blessés y compris aux soldats très heureux de bénéficier de notre petite installation.
16h :BLAINVILLE reçoit des obus, l’un tombe sur la ferme de monsieur PIEPLU, tuant une vache et allumant un incendie aux hangars de bois. Les conduites d’eau étant coupées, 4 brancardiers de la défense passive partent avec des extincteurs.
La vache doit être débitée sur place pour être distribuée à la population. Mr BAIL est requis pour cette opération. Malheureusement un autre obus arrive, le blessant très grièvement. Il a surtout un éclat qui s’est logé dans le ventre et de nombreux éclats dans les jambes. Il souffre énormément.
Un 3ème obus tombe sur une épicerie, toujours dans la même zone. Madame LANCE, l’habitante arrive tout émotionnée, elle était tombée dans sa cuisine.
18h :Mr PIEPLU découvre dans les débris de son hangar le corps a demi carbonisé d’un brancardier Mr HARDY. Il a été, d’après les constations, tué par l’obus qui a blessé Mr BAIL. C’est d’autant plus triste qu’il s’agit d’un pauvre prisonnier, rapatrié après 3 ans de captivité.
Dans le même moment, des ouvriers des cités Gilles, m’amènent un pauvre soldat Anglais qui, blessé la veille, avait rampé toute la nuit dans l’herbe pour échapper aux Allemands qui rôdent encore dans les parages. Il a l’œil gauche sorti de l’orbite, une balle l’ayant traversé de part en part et l’omoplate labourée par un éclat d’obus. Après les premiers soins, il sera évacué vers RIVA-BELLA .
19h :Retour du docteur POULAIN qui décrit RIVA, aucune maison n’est intacte. A BENOUVILLE, le clocher est tombé et 2 maisons brûlent. ST AUBIN D’ARQUENAY est détruit. BLAINVILLE est donc jusqu’à présent, épargnée.
23h : Je quitte le poste de la défense passive pour me coucher un peu. Le sommeil ne vient pas . Notre fils qui perce des dents est énervé et dort mal. Les nouvelles ne sont pas rassurantes. Un Anglais nous a dit en passant que les Allemands reprenaient du terrain au nord de CAEN et qu’il était possible qu’ils reviennent à BLAINVILLE.
Jeudi 8 juin
7h : Tout est calme. Nous entendons cependant le canon qui tonne à LONGUEVAL ou la résistance allemande est grande. Des Allemands dispersés dans la campagne tirent sur les rares personnes qui passent. Ils sont encore ravitaillés et renseignés par leurs « poules ».
L’après midi, pillage du château de BEUVILLE par la population de BLAINVILLLE. Plus de 250 personnes se trouvent à BEUVILLE. Tout allait pour le mieux jusqu’au moment ou un avion allemand vient mitrailler les pillards. Un jeune homme de 19 ans est grièvement blessé, une jeune femme de 22ans, mère depuis quelques semaines est tuée. Des membres de la défense passive, sollicités par la pauvre mère pour aller chercher son corps, refusent de se déranger, les limites de leur action ne dépassant pas BLAINVILLE.
19h : Arrivée du docteur POULAIN accompagné du Maire et de l’ambulance de OUISTREHAM. A partir de ce jour, ayant une occupation constante sur la côte, il ne pourra plus assurer le service sanitaire à BLAINVILLE. Je dois faire les premiers soins, pansements, piqûres … et mander l’ambulance pour les grands blessés.
Vendredi 9 juin
7h: Je pars voir l’évolution des blessés au poste de défense passive. Monsieur BAIL est vivant mais. très faible. Une ambulance le prend et il part accompagné de sa femme. Ils ne reste pas à OUISTREHAM car un navire hôpital les emportent en Angleterre.
10h : Inhumation de monsieur HARDY.
L’aviation Anglaise est disparue, par contre les avions mitraillent à plusieurs reprises.
15h : Des officiers viennent arrêter une femme et son mari qui sont paraît-il suspects. Le couple est de RIVA, la femme a eu les jours précédents son père et sa mère tués à OUISTREHAM au cours des bombardements. La foule crie « à mort ». Il y a aussi une Russe qui était interprète des Allemands qui est arrêtée et qui sera fusillée.
Le soir, une torpille est lancée contre le château d’eau, il n’y a pas de blessés.

Samedi 10 juin
7h ; Combat aérien au dessus de BLAINVILLE, un avion allemand est touché.Les arrêtés de la veille sont relâchés.
Dans la journée , la résistance continue sur LONGUEVAL et BAVENT. Le matériel lourd ne peut passer sur le pont de RANVILLE. Le génie construit un second pont. Trois Allemands qui s’étaient introduits dans une maison, sont cueillis par l’Intelligence Service. Huit autres sont pris dans la campagne.
Vers 20h, une rumeur circule, les Allemands reviennent ? Il s’agit d’un groupe de 500 soldats qui sont encore dans le château de BEAUREGARD. Les femmes qui sont avec eux n’ont rien trouvé de mieux pour semer la panique chez les fermiers des environs pour piller leurs maisons.
Dimanche 11 juin
Vers 18h les Allemands mitraillent les cités, il n’y a pas de victimes.
Lundi 12 juin
12h : Deux bombes tombent sur les cités, il y a deux blessés graves que je dirige sur OUISTREHAM, après les premiers soins.
13h : Le temps étant très beau, j’avais mis mon fils dehors. Il n’était pas sorti depuis 8 jours. Plusieurs bombes nous ramènent à la réalité. L’une fait tomber une partie du préau sur la voiture. Une autre tombe derrière la maison et fait trembler tout le bâtiment. Les arbres du bois de BENOUVILLE sont coupés en deux. Les maisons situées derrière l’église d’HEROUVILLE sont en grande partie détruites. La majeur partie des habitants part vers CAEN, quelques uns viennent à BLAINVILLE. Ils ne rencontrent pas d’Allemands vivants mais de nombreux cadavres. Les brancardiers sont chargés d’enterrer les cadavres. Je sers de témoin pour l’inventaires des objets trouvés dans leurs poches ( argent, montres …).
20h : Violent bombardement sur HEROUVILETTE, vers 23h, les grosses pièces d’artillerie de BLAINVILLE tirent.

Mardi 13 juin
2h : Violents bombardements sur LONGUEVAL. Mon mari se lève pour voir ce qui se passe. Nos voisins regardent également ce bombardement très intense. Nous nous levons vers 8h complètement abrutis.
10h : Légère accalmie, puis reprise de bombardements encore plus intenses. Ils doivent paraît-il durer toute la journée car CAEN doit être prise sinon il y aura des bombardements violents et continus sur la ville elle-même. C’est angoissant pour tout le monde.
L’après-midi, visite du docteur POULAIN qui tente d’aller à HEROUVILLE pour avoir des nouvelles de sa femme et de ses enfants. Il ne trouve qu’un village mort, tout a été abandonné en hâte.
Mercredi 14 juin
8h : Tout le monde se lève fatigué et énervé. Le bombardement a duré une partie de la nuit. Mon mari va à la maternité de BENOUVILLE voir madame VION, pour avoir des médicaments car le petit a une diarrhée inquiétante depuis plusieurs jours. La matinée est calme.
18h : monsieur LEGRAS évacué de LONGUEVAL, me prévient que sa femme qui attend un bébé est arrivée à BLAINVILLE et souhaite me voir.
Jeudi 15 juin
3h30 : Arrivée d’un garçon dans la famille LEGRAS (Bernard) puis à 4h10 naissance d’un second (Jean-Claude). A 6h, je viens me reposer un peu. La nuit a été calme du point de vue bombardement.
10h : Nous apprenons que le cadavre d’un jeune homme de BLAINVILLE a été trouvé prés de la maternité. Il s’agit d’un monsieur LELOGEAIS 16 ans, tué d’un éclat d’obus entré dans l’œil droit . Mon mari part à la chasse aux pillards.
18h : deux obus tombent à BLAINVILLE et blessent 2 personnes.

Vendredi 16 juin
Journée triste entre toutes. Les nouvelles de CAEN sont pénibles. Le matin en me levant j’apprends que la nuit a été mouvementée, mais comme j’étais fatiguée, je n’ai rien entendu.
13h : Je vais panser un blessé monsieur VANNIER, le cordonnier qui est blessé au ventre par un éclat d’obus. Il est évacué sur BAYEUX pour être opéré.
15h : 4 obus tombent sur BLAINVILLE tuant Mr et Mme NERRY. Le monsieur, blessé légèrement il y a trois jours, venait se faire panser. Ces pauvres gens sont tués sur la route, elle d’un éclat dans le cœur, lui dans le ventre. Au même moment une dame MAILLARD est amenée avec une grave blessure à la figure et au cou. Mon mari est chargé par le docteur de la porter à OUISTREHAM. La malheureuse meurt en arrivant, elle est ramenée chez elle.
21h : Un avion passe et mitraille, pas de victimes. Mon fils est toujours malade, je le mets au lait concentré. Le docteur dit que les vaches apeurées donnent du très mauvais lait, beaucoup d’enfants sont malades.
Des personnes sont allées à COLLEVILLE se plaindre aux autorités britanniques que :
1°) le maire ne s’occupe de rien,
2°) les gendarmes n’ont pas repris l’uniforme et que les pillages battent leur plein
3°) le boucher refuse de la viande et ne pense qu’à s’en mettre plein les poches.
Tout est faux, malgré les dangers de toute sorte qui planent journellement sur nos têtes, la malice humaine ne change pas. Il est douloureux de constater que 4 années de souffrances n’ont rien changé à la mentalité du monde.
samedi 17 juin
0h30 : nombreuses bombes sur CAEN.
3h : Plusieurs obus tombent sur BLAINVILLE, de nombreux éclats sont retrouvés dans la cour LAMBERVILLE, on ne signale pas de victimes.
La matinée est calme. Mon mari parle avec un Canadien, le Roi Georges était paraît-il à COURSEULLE hier.
L’après-midi, pansements et piqûres, rien de nouveau.
dimanche 18 juin
Des avions sont passés cette nuit, des bombes sont tombées sur BENOUVILLE.
L’un des jumeaux me donne du souci pour sa survie. Mon fils ne dort pas et nous fatigue beaucoup. La journée est calme. Vers 21h de nombreux parachutistes sautent sur la caserne de BENOUVILLE.
lundi 19 juin
La nuit a été agitée, de nombreux avions sont passés et ont bombardé BENOUVILLE et OUISTREHAM. Mon fils pleure toujours beaucoup, nous finissons par le mettre dans la chambre du fond, il finit par s’endormir.
Nous voudrions avoir des nouvelles de CAEN. Impossible d’y aller, ce silence devient angoissant.
A 16 h, 4 obus tombent sur BLAINVILLE, pas de blessés. LEBISEY, à 3km, toujours occupé par les Allemands est enfin pris par les Anglais.
mardi 20 juin
10h30 : Nous assistons à l’inhumation des 3 victimes du bombardement de vendredi.
Mon mari va OUISTREHAM et achète 3kg de beurre sans tickets, à 90f le kg. C’est une chose incroyable, cela ne s’est pas produit depuis 4 ans.
17h : Le docteur POULAIN réunit le membres de la défense passive pour les complimenter sur leur conduite pendant les bombardements. C’est l’occasion d’un petit goûter en famille.
18h30 : dix obus tombent sur BLAINVILLE dont un près de notre local qui casse quelques carreaux et la vaisselle que j’avais apportée pour le goûter. Aucun blessé allongé par terre n’est blessé, les éclats ont traversé la pièce et se sont logés dans les murs. Les nouvelles nous apprennent que les Américains sont à 12 km de CHERBOURG.
Plusieurs personnes arrivent de CAEN, ils n’ont rencontré ni Allemands, ni Anglais. Les évacués du hameau de BEAUREGARD sont dans l’èglise Saint Etienne à CAEN. Le docteur POULAIN a ainsi des nouvelles des siens.
21h, le canon tonne, tout tremble.
mercredi 21 juin
12h : arrivée de madame POULAIN avec ses enfants. Elle a passé les lignes avec une personne de CAEN. Tout le monde se demande ce que signifie ce calme sur terre et dans les airs. L’après-midi, je reçois une convocation du maire pour 9h le 22.
jeudi 22 juin
Mr PIEPLU, me demande de partir à CAEN, pour rechercher le fils du sous-préfet de BAYEUX nommé par le général DE GAULLE, Mr TRIBOULET et ramener des médicaments. Madame TRIBOULET arrive sur ces entrefaites. Elle n’a aucune nouvelle de son fils de 11ans FRANCOIS pensionnaire à CAEN depuis le débarquement. Madame BEAUDOUIN, dont le mari est chef de la gendarmerie veut également aller chercher son fils. Moi, je suis sans nouvelles de ma famille, mes deux sœurs et plusieurs cousins.
Monsieur BEAUDOUIN s’oppose au départ de sa femme et lui cache ses chaussures. Mon mari étant en congé, je sais mon fils en sécurité. Le départ est fixé à 14h. Madame T a déjeuné chez le Maire ; je passe prendre ma compagne. Le Maire me signe une demande de sérum anti-tétanique, nos provisions s’épuisant. Ce papier et mon brassard de la Croix Rouge sont nos laisser-passer et doivent nous aider dans notre aller-retour.
A 2km de BLAINVILLE, nous sommes arrêtés par 2 soldats Allemands qui regardent nos papiers et hochent la tête sans rien dire. Nous remontons sur nos bicyclettes. Nous sommes arrêté à nouveau devant l’hôpital de CAEN. Ces soldats nous disent de repartir avant 16h, car les ordres sont sévères pour les civils et les SS sont en route pour les remplacer dans la soirée. Nous ne sommes pas rassurées, nous repartons vers le centre en promettant de repasser les lignes avant 16h.
Nous arrivons Place Saint Gilles, c’est une vision d’horreur, nous ne voyons que ruines et cadavres. Place Saint Pierre il n’y a plus rien debout. Nous marchons comme nous pouvons avec nos bicyclettes sous le bras sans nous soucier des obus qui tombent . Madame T qui a hâte de revoir son fils, me demande de l’accompagner rue Arcisse de Caumont ou son fils avait sa correspondante.
Les habitants sont dans les abris. Dans ce quartier, nous apprenons que beaucoup de personnes sont rue de Bretagne à la pension du Sacré Cœur. Je vais au service de santé chercher mon sérum, madame TRIBOULET va au sacré Cœur et y retrouve son fils. Rue de Bayeux, chez une cousine, j’apprends que mes deux sœurs sont parties le 2ème jour du débarquement. Elles habitaient une maison rue de Bernières, l’une au rez-de-chaussée, l’autre au 1er. Ce quartier a été un des premiers bombardé, dès le 6 juin et il y a eu de nombreuses victimes. Elles n’ont absolument plus rien. Ma cousine est très affligée, sa meilleure amie a été tuée la veille.
Au service de santé ils me remettent 10 ampoules de sérum, c’est une fortune. A 16h je suis prête et je me trouve Place saint Pierre. Des obus de marine arrivent de la côte, l’église, ou se trouvent beaucoup de sinistrés, semble être prise pour cible. Madame T ne peut venir me retrouver devant ce déluge de fer. Ce n’est qu’à 18h30, qu’accompagnée de l’enfant et de 2 messieurs inconnus qui veulent se rendre à RIVA, que nous reprenons le chemin de BLAINVILLE.
Hélas, devant l’hôpital,plus personne et 2km plus loin, au carrefour de LEBISEY, ce sont des SS qui prennent nos papiers et nous engagent à prendre le chemin de CAEN. Les obus tombent de partout. Dire mon désespoir est impossible, je ne veux pas rebrousser chemin. Comment mon mari va-t-il concilier son rôle de militaire et la garde de notre fils ? Nous avons également mon neveu de 8 ans qui était venu passer quelques jours de vacances à la maison.

Madame T , plus raisonnable me dit que ces soldats aux abois sont capables de tout et qu’il est préférable de s’éloigner. Nous trouvons refuge au Sacré Cœur, nous couchons au 2ème étage, sur des matelas posés sur le sol. Nous essayons de nous reposer un peu, le bombardement est intense et nous ne dormons pas. Madame T a laissé à BAYEUX, son mari et plusieurs enfants. Chacune est enfermée dans son angoisse, nous sommes certaines de ne pas revoir nos familles à moins d’un miracle.
vendredi 23 juin
Lever 6h, après le petit déjeuner, Mme T , qui connaissait bien la route de BAYEUX, décide de sortir par CARPIQUET. Nous passons la MALADRERIE et faisons un détour par l’Abbaye d’Ardenne ou la bataille fait rage. Un fermier nous indique un chemin détourné qui devrait nous permettre d’éviter les sentinelles Allemandes. Nous pédalons sur la route et arrivons à CARPIQUET. Un poste allemand est installé au bord de la route. Nous nous expliquons avec un soldat qui nous donne la permission de passer. A ce moment un officier sort d’une guérite, nous donne l’ordre de retourner a CAEN, sans daigner regarder nos papiers. Il devient menaçant et nous décidons de repartir vers CAEN.
samedi 24 juin
Je fais plusieurs démarches auprès du Directeur des services de santé, pour profiter d’une ambulance qui traverserait les lignes. Je n’obtiens aucune promesse. Hier, une ambulance est allée à TROARN, les Allemands ont gardé la voiture et renvoyé le chauffeur et le brancardier à pieds. Je rends visite à ma cousine Berthe OLIVE, elle me dit que mes deux sœurs sont à DIVES.
La sœur du sacré cœur a pitié de nous, elle nous change de chambre, avec un lit et un matelas par terre. Nous partageons le lit, J’y dors jusqu’à minuit, madame T ensuite. A 3h, Melle JUILLARD, qui est au 2ème étage descend car elle a très peur des bombardements. Pas pour longtemps, les avions, très nombreux s’acharnent sur ce quartier. Le bombardement sur CARPIQUET est intense. Les sœurs nous font descendre, nous profitons de l’aubaine car c’est un véritablement cauchemar.
dimanche 25 juin
Nous assistons a la messe. Je cherche mes tantes et cousines. Les familles sont séparées, certains sont partis vers PARIS, d’autres vers la MAYENNE, ceux qui restent, sont à la belle étoile dans les décombres de leurs maisons.
Dans la matinée, je rencontre Mr LEMARDELET, un épicier de BLAINVILLE, bloqué également. Il me prête 500 francs et me promet un peu de ravitaillement.

lundi 26 juin
Triste journée, les bombardements nous ont empêché de dormir, tout le monde est abruti. A 10h30, un obus tombe rue de Bretagne, le toit des écoles est défoncé, les carreaux cassés mais pas de victimes. Madame T part rue de Bayeux chez le docteur HUBANT. Je reste avec les religieuses, le canon tonne toute la journée. La prise de CAEN est proche, mais comme le temps semble long.

mardi 27 juin
Je tente seule de traverser les lignes mais les Allemands sont toujours très menaçants, je renonce à nouveau.. On me conseille de chercher le Docteur C….., collaborateur notoire, susceptible de nous faire traverser les lignes. Il a quitté CAEN depuis 48 h en direction de PARIS. L’après-midi, je tente à nouveau de traverser les lignes. Les Allemands sont toujours à LEBISEY, aussi intransigeants, il n’y a que des officiers. Je renonce à nouveaux.
Les obus étant tombés sans arrêt depuis 4h, la supérieure du sacré Cœur, demande aux personnes qui peuvent se loger en ville d’évacuer le plus possible. Je demande asile à ma cousine rue de Bayeux. Ce qui me déplaît le plus, c’est l’installation dans la cave, je voulais rester dehors. J’ai affreusement peur dans la cave et je pense que nous serions tous ensevelis si une bombe tombait dessus sans que personne ne puisse nous aider.
mercredi 28 juin
Journée d’ennui chez ma cousine qui a accueilli beaucoup de réfugiés. Chacun se débrouille mais les caractères s’accordent peu et je ne connais personne. Sa fille infirmière, me propose de l’accompagner au Lycée Malherbe. Ne voulant pas m’imposer car je ne suis caennaise que par accident, j’accepte pour changer d’ambiance.
jeudi 29 juin
Le temps est splendide. Je demande à madame T de m’accompagner. Elle ne veut pas quitter son fils très émotionné par les cadavres de soldats et d’animaux trouvés sur notre chemin lors de notre dernière expédition. Plus raisonnable que moi, elle ne veut plus quitter CAEN avant que les évènements ne s’éclaircissent, elle est certaine que les alliés ne sont pas loin.
Les bruits d’évacuation se font plus précis. Les personnes n’ayant pas d’attaches à CAEN doivent quitter la ville dans les 48h. Nous sommes particulièrement visés par cet avis affiché au Lycée.
vendredi 30 juin
La nuit a été terrible, l’orage que nous attendions pour chasser les avions n’a pas éclaté. Lever 7h30, ma décision est prise, départ pour HEROUVILLE. Je traverse la ville en ruine. Des cadavres partout, l’odeur est intenable et mon mouchoir égaré dans la cave me manque beaucoup.
Je trouve le poste Allemand au premier carrefour à hauteur de Betharram. D’après le bruit du canon, les boches ont reculé ce qui me réjouit. Pas longtemps, deux soldats sortent d’un trou et me prie de regagner CAEN ajoutant qu’ils avaient ordre de tirer sur toute personne qui cherchait à passer les lignes. Pour me convaincre ils pointent leurs fusils sur moi. Croyant ma dernière heure arrivée, je montre avec un peu de courage mes papiers de la Croix Rouge. Je fais demi-tour aidée par une poigne de fer qui devait laisser une trace sur mon épaule plusieurs jours.

Au calvaire, rue G. Clémenceau, je m’arrête décidée à ne plus aller plus loin. J’étais fatiguée, j’avais faim, j’avais peur de traverser la ville et ses ruines en sens inverse. J’étais dans mes réflexions quand quelqu’un me salue par mon nom. Je reconnais une jeune femme, madame CATHERINE, elle habite tout près. Son père est de BLAINVILLE et je lui ai fait quelques soins les années passées. Ces braves gens m’accueillent chez eux mais, horreur, nous couchons dans la cave.
Je ne dors pas, je compte 60 obus dans la nuit, par contre, il n’y a pas de bombardements aériens.
samedi 1er juillet
Il paraît que le changement de sentinelle s’effectue et la route est libre quelques instants. J’espère profiter de ce moment et j’épie jusqu’au début de l’après-midi sans résultat. La bataille fait rage, mes hôtes me demandent de rester.

Dimanche 2 juillet
Mr LEMARDELET, envoyé par ma cousine inquiète, arrive accompagné d’un ami. Elle veut que je quitte ce coin dangereux. J’accepte car je suis une charge pour ces braves gens qui ont tout juste ce qu’il faut pour eux. Ils vont sans doute être chassés de chez eux car les Allemands sont à leur porte et deviennent de plus en plus agressifs.
Chez ma cousine, je refuse de descendre dans la cave, ce qui arrange une nouvelle venue.
lundi 3 juillet
Je prends mes repas au Sacré Cœur, la supérieure m’invite à déjeuner. Le repas consiste surtout en conversations, chacun est heureux d’apprendre que les alliés gagnent du terrain. Malgré tout, je ne cesse de penser à ma famille.
mardi 4 juillet
A 9h, je marche jusqu’à la MALADRERIE. Un monsieur à plat ventre dans un jardin me supplie de partir. Les SS occupent sa maison et celles d’alentour. Ils gardent les habitants prisonniers, hommes et femmes. Il est affolé, faisant partie de la résistance, il a un poste clandestin chez lui, les Anglais sont à VENOIX et une bataille se prépare.
mercredi 5 juillet
Nous recevons 100gr de nourriture.
jeudi 6 juillet
La nuit a été terrible. Un tir de barrage a ébranlé l’air toute la journée. Chacun est à bout, des personnes amies arrivent sans arrêt rue de Bayeux ou les maison sont debout. Le soir, je descends avec tout le monde à la cave. A minuit, je remonte dans mon perchoir, je ne veux pas mourir sous les décombres. J’en profite pour me laver.
Vendredi 7 juillet
Après une nuit sans sommeil, la journée est terrible, les obus tombent sans arrêt, des éclats volent dans tous les sens. Tout est détruit. Le soir des centaines d’avions arrivent sur CAEN et bombardent sans arrêt. C’est terrible, tout tremble, tout est en feu, nous sommes en enfer.
Je descend à la cave jusqu’à 2h. J’essaie d’encourager mon entourage, des personnes perdent la raison, elles tremblent, elles veulent sortir, elles reviennent. D’autres, dont je fais partie, sont calmes et attendent et espèrent envers et contre tout.
samedi 8 juillet
A 4 h, je mets le nez dehors après une nuit de cauchemar. Un voisin qui fait partie de la Défense Passive, dit que l’église Saint Gilles, la Préfecture, l’Université ont sont en feux. Les morts se chiffrent par centaine.
A 7h, il fait beau, je décide de faire un peu de lessive, tout sera vite sec. Je descends à la cave pour raconter ce que je viens d’entendre et invite tout le monde à monter. Les gens décident de se reposer jusqu’à 10h. Mes cousins OLIVE remontent pour déjeuner car Denise, leur fille doit partir prendre son poste à la défense passive. Tout est calme, mes cousins qui ont un peu de ravitaillement, descendent à la cave porter à manger à leurs invités. Je fais ma lessive et Denise ses derniers préparatifs.
Soudain un bruit de tonnerre, tout tombe autour de moi.. Denise tombe à mes pieds, l’escalier vole en éclat, du bois se plante dans mon œil gauche. Ma cousine m’enlève le morceau gros et long comme une allumette qui m’a fait très mal. Mais qu’est ceci à coté de ce qui se passe autour de nous ? Escaladant les ruines, nous sommes à l’entrée de la cave, d’énormes pierres retiennent les gens prisonniers. Nous passons des tuyaux d’arrosage par les interstices pour envoyer un peu d’air. 20 personnes sont prisonnières, nous entendons les cris et les lamentations. Nous mettons une échelle qui permet à Denise qui connaît tout à la défense Passive, d’aller chercher du secours.
Je parle aux personnes prisonnières, mon cousin qui était près de l’entrée parvient à sortir. Ma cousine bloquée dans l’escalier peut nous parler, elle sera la première à sortir ensanglantée. Les autres personnes, restées allongées sont tuées ou ont les jambes paralysées par les pierres. Les secours arrivent, pelles, pioches,Ces jeunes gens qui ont passés la nuit à secourir les caennais sont admirable de courage et de gentillesse. Je pars au Lycée Malherbe chercher des ballons d’oxygène.
Je ne comprend pas pourquoi mais je suis nu pieds. Je chercherai mes chaussures au retour. J’ai beaucoup de mal à marcher et je me retrouve devant un énorme entonnoir. La rue n’existe plus, des débris humains partout, les voisins commerçants sont dans les décombres de leur boucherie. C’est une vision d’horreur.

A mon retour, je trouve mes cousins blessés mais vivants. Madame JEANNE qui était avec son mari et sa fille est morte, la poitrine écrasée. Marie-Louise HEBERT, jeune fille de 20 ans est morte tuée sur le coup, sa mère est grièvement blessée, respire à peine. La dame âgée qui s’inquiétait la veille pour son armoire normande, est sortie sans vie ainsi qu’un monsieur ami de mes cousins. C’est un moment affreux, tout le monde est transporté au Lycée, Denise et moi suivons le cortège. Les morts restent exposés jusqu’à nouvel ordre. Les blessés reçoivent les premiers soins avant dêtre dirigés sur BAYEUX.

Madame TRIBOULET et son fils son heureux de me retrouver. Sortant de leurs décombres ou il y a également morts et blessés et voyant les ruines d’en face, ils me croyaient disparue à jamais. Apparaît madame COLLEVILLE, institutrice qui était dans sa famille, rue de Bayeux. Elle y était parvenue après avoir tout perdu. Cette fois elle est seule, sa famille est anéantie.
Nous cherchons notre vie car n’étant pas inscrits dans les abris, rien n’est prévu pour nous. Le soir arrive, nous nous allongeons sur des planches près des blessés ? Je suis en possession d’un sac contenant des bijoux, sa propriétaire repose un peu. Sa mère a été tuée à coté d’elle. Cette jeune femme est très agitée. Denise et moi ne pouvons dormir car ses parents réclament des soins, surtout sa mère qui a du mal à respirer.

Dimanche 9 juillet
A 6h je fais une toilette sommaire, à 10h, un peu de café est donné aux blessés. Cousine partage avec moi. Les rares Allemands qui restent demandent aux civils de ne pas bouger car une bataille de rue est possible. Conseil superflu, personne ne songe à prendre l’air. Une sage-femme a passé les lignes pour prévenir les alliés que Saint Etienne et le Lycée sont pleins à craquer de civils, blessés pour la plupart et que pas un soldat ne se trouve dans les abris.
Des bruits contradictoires circulent, les Anglais sont à CAEN ? A la MALADRERIE ? A midi rien n’a changé. Denise qui est avec les infirmières pour son service, m’envoie un peu de fromage. Au début de l’après-midi, des coups de feu éclatent. Ce sont les résistants qui délogent les derniers Allemands.
Des brancards sont apportés avec des blessés. Grande est notre joie, ce sont des soldats Anglais. Plus tard 2 Allemands. Plus de doute, CAEN va être libérée. La nuit arrive bien vite, cette fois, les civils bien portants doivent laisser la place aux blessés de plus en plus nombreux car les militaires ont priorité. De la paille a été posée de place en place, j’abandonne mes blessés avec regret. Je m’allonge dans un couloir avec un peu de paille comme oreiller. Je suis très fatiguée mais je ne dors pas. J’aide une maman avec ses jumeaux qui a bien du tracas . Les tétées sont données régulièrement, c’est Denise qui fait la distribution mais il n’y a pas de linge. Avec nos mouchoirs sales, nous essayons de maintenir les fesses de ces bébés de 6 mois, à l’abri de l’humidité.
Dans l’après –midi, je rends visite à ma famille, les blessés sont stationnaires, je passe un moment avec mes cousins et Denise, qui est venue tenir compagnie a ses parents, me conseille de chercher de la paille, pour poser ma tête cette nuit, car elle devient rare et il faut faire sa demande avant 16h.
Je me dispose à sortir, qu’est-ce que j’aperçois, sur les marches du perron ? Mon mari , je crois réver, ce n’est pas possible, personne ne peut passer ! Jamais je ne décrirai cette minute comme elle le mérite, il faut avoir vécu des instants d’émotion semblables pour comprendre. Je suis dans ses bras sans parler. Il m’explique, que prévenu par une dame de BLAINVILLE qui m’avait reconnue, il avait passé les lignes grâce à son uniforme. Sinon les Anglais l’auraient arrêté, les risques étaient trop grands. Mes cousins font sa connaissance. Nous devons repartir très vite car CAEN va être prise d’un moment à l’autre et les routes vont être coupées et encombrées par les troupes et le matériel qui débarquent sans arrêt.
Mes premières paroles sont pour mon bébé, comment est-il ? Ou est-il ? Pour moi pas de doute, j’ai assisté plusieurs femmes de gendarmes à la naissance de leurs enfants, il est à la gendarmerie. Je pose sans arrêt la même question et je m’énerve de plus en plus. Il me calme et se prépare à partir car il est en promenade irrégulière et il a promis aux anglais de rentrer avec sa femme avant la nuit.
Je vois madame T et lui demande de revenir avec nous mais elle adopte une solution sage, elle attend son mari qui viendra de BAYEUX, aussi facilement que le mien. Je l’embrasse ainsi que son fils et nous formons des vœux de nous revoir dans de meilleures conditions. Je dis au revoir à mes cousins, faisant promettre à Denise de me prévenir quand ses parents seront dirigés sur BAYEUX, me promettant d’y aller. Denise nous accompagne sur le perron, je la remercie de sa gentillesse, je ne devais pas la revoir.
Pierre BEAUDOUIN, qui est venu manger chez ma cousine quand la maison était encore debout, se trouve dans la cour du Lycée. Il a préféré attendre pour regagner BLAINVILLE, car aux dires des personnes qui sont içi, les Anglais ne laissent passer que les ambulances. Les obus tombent sans arrêt, la dernière vision que j’ai du Lycée, c’est un petit garçon qui a le ventre ouvert et sa petite sœur tuée par les éclats d’obus qui arrivent de la route de FALAISE ou les Allemands se replient.
Arrivés à l’hôpital de CAEN, je présente mon laisser-passer de Croix Rouge, mon mari me présente monsieur VERHAGUE, un dunkerquois qui nous accompagne et en route pour BLAINVILLE. Nous allons directement chez madame TRUAND, une gentille dame qui, sachant que j’étais partie, avait demandé à mon mari de lui confier mon petit poussin. A la gendarmerie, personne n’avait voulu s’en charger, il y avait trop de risques du fait des bombardements. Je n’était pas trop déçue. Il était préférable qu’il en soit ainsi. Ce brave ménage d’ouvriers avait quatre filles qui avaient choyé mon petit qui était superbe. La famille est retournée à DUNKERQUE, c’est une grande joie pour moi d’avoir de leurs nouvelles le 1er janvier.

Carte extraite de "L'Atlas du débarquement et de la bataille de Normandie 6 juin-24 août 1994", éditions Autrement, mai 1994
Carte extraite de « L’Atlas du débarquement et de la bataille de Normandie 6 juin-24 août 1994″, éditions Autrement, mai 1994

Le Maire , monsieur PIEPLU, vient me voir et s’excuse de m’avoir envoyée à CAEN. Monsieur T.. est venu plusieurs fois voir si j’étais rentrée. Le Maire le fait prévenir que sa femme et son fils l’attendent à CAEN au Lycée Malherbe. Madame TRUAND a fait une bonne soupe, je mange de bon appétit, mon petit sur les genoux, je suis heureuse.
Mon mari et moi regagnons notre logis, le petit reste chez sa nourrice jusqu’à demain. Sage précaution car nous sommes soumis a un tel bombardement que nous n’avons pas une minute de repos. Six éclats d’obus se logent dans le berceau de notre fils.
Lundi 10 juillet
Je ne fais pas grand chose, je suis encore meurtrie de mon séjour à CAEN.

Extrait du livre de Jacques KAYSER « UN JOURNALISTE SUR LE FRONT DE NORMANDIE » Editions ARLEA :
Lundi 10 juillet
« Nous sommes à Caen, en voiture, nous y sommes arrivés sans avoir à faire halte. Hier encore les Allemands étaient là. Les rues sont jonchées de décombres, ravagées par des entonnoirs. Des soldats britanniques font encore sauter des mines. Les premiers habitants que nous rencontrons regardent passer leurs libérateurs, qui sont aussi leurs destructeurs, avec une expression bien différente de celle que je notais sur les routes entre Bayeux et Cherbourg. Là, ils avaient déjà pris le pli, contracté des habitudes. Les enfants savaient faire le V de la victoire et quémander des bonbons et du chocolat. Les contacts étaient le prolongement de dialogues ébauchés. Les habitants avaient acquis une technique, et certains, sans doute, poursuivaient déjà un but.
Ici, rien de tel. L’expression des gens est ravagée, hallucinée mais soulagée. Des yeux rouges, des yeux qui reflètent encore des visions d’horreur et des saisissements d’angoisse mais, en même temps des yeux qui savent dire « merci ». Une grande pudeur, une retenue dans les premiers contacts avec les alliés qui n’exclut pas certaines accolades spontanées.
Pour nous, français, c’est une succession d’hommages bouleversants. Ce ne sont pas des cris d’un enthousiasme superficiel et fabriqué, c’est quelque chose de profond qu’on nous offre. Ils nous attendaient, ils espéraient, ils nous aimaient. Ils nous considèrent, nous les hommes qui sommes partis et qui revenons, comme ceux qui ont le plus souffert et le mieux travaillé pour la France. C’est stupéfiant. Nous leur devons tout, nous devrions nous incliner devant eux… et cependant, malgré nous, contre nous, en dépit de ce que nous leur disons, il y a, de leur part, vers nous une montée de reconnaissance qui me bouleverse et dont je ne me sens pas digne…

…….Je me présente à DAURE, le nouveau Maire, et tout de suite je sens la valeur humaine des hommes de la résistance, la compréhension dès qu’ils ont des questions qui se posent à eux; je mesure la différence d’un homme engagé dans l’action, comme c’est le cas de DAURE , et l’homme qui vit dans l’administration. Le chef régional de la Résistance, le capitaine GILLES, est un de mes camarades : il me réserve un accueil sympathique. Il y a eu, il y a encore, à Caen une résistance organisée, militarisée. Elle est l’âme de la ville. Elle s’impose à elle. La ville est dirigée, les ruines sont déjà vengées.
…. J’entre au Lycée Malherbe. Le couloirs, les pièces, les classes, le cloître, tout est occupé par les réfugiés de la ville. Plus de dix mille personnes sont là depuis des jours, blotties les unes contre les autres, couchées sur de la paille, entourées de quelque objets usuels ou précieux qu’elles ont pu arracher à la destruction. C’est là que je note les sentiments les plus touchants à mon endroit. Tous s’approchent de moi, me regardent avec des yeux de tendresse, font cercle lorsque je m’arrête et, loin de se plaindre, parlent de leur libération et de la France…. Et souvent aussi de DE GAULLE. Car on sait ici enfin qui est DE GAULLE.
J’avance un peu dans la ville, dans ce que fut la ville. C’est indescriptible. Il y a des blocs entiers qui se sont effondrés en amas informes, des maisons coupées en deux…….Mais par-dessus tout, maintenant, il y a la liberté et ces gens qui marchent dans la ville, qui remplissent des missions, qui commencent à se rendre compte qu’ils peuvent impunément regarder, interroger, sortir, ces gens qui subissent encore l’épreuve de la guerre parce que l’ennemi bombarde, tous portent en eux la dignité d’hommes libres. Caen « la martyre », n’est pas Bayeux l’opulente bourgeoise ni même Cherbourg l’incertaine. Caen-la-matyre irradie la France.
Je reste d’une admiration stupéfaite devant le courage des habitants de Caen. Tout à l’heure, un homme passant devant une jeep a sorti de son sac une assiette intacte et a éclaté de rire en disant aux soldats qui le regardaient : «c’est tout ce qui me reste ! ».

vendredi 14 juillet
Monsieur le Curé organise une réunion où Anglais et Français fraternisent. La messe est dite par un prêtre Anglais à la mémoire des victimes de BLAINVILLE, toute la population est présente.

Samedi 15 juillet
Violent bombardement qui nous tient éveillés toute la nuit.

dimanche 16 juillet
Les bombardements continuent, le portail de l’église est détruit, Mr et Mme FICHAUX, évacués de DUNKERQUE, sont tués dans le jardin.

lundi 17 juillet
A 1h du matin un obus éclate dans la cour, devant notre maison. Mon neveu, Germain CORBIN, qui se repose sur le divan, reçoit un éclat d’obus dans la joue gauche. Je le soigne avec de l’eau oxygénée qui me reste, il n’y a pas de suite fâcheuse, heureusement.
mardi 18 juillet
Violents bombardements nocturnes sur BENOUVILLE et SALENELLES. Du 19 au 22 c’est assez calme.
samedi 22 juillet
Le chef de la gendarmerie, Mr BEAUDOUIN, va à CAEN avec sa femme, je les charge d’embrasser ma famille que je crois toujours au Lycée. A leur retour, Mme BEAUDOUIN me dit que ma cousine Denise a été tuée le 14 dans l’après-midi, ses parents avaient été transportés à BAYEUX.
Denise tuée ! Mon chagrin est immense. Mon fils essuie mes larmes avec sa petite main, il se demande pourquoi sa maman a du chagrin alors que nous étions si heureux depuis quelques jours. Je n’ai qu’une idée, retourner à CAEN, revoir ses parents, par dessus elle, ses 20 ans, il reste ses parents, déjà affligés par la mort d’une fille de 18 ans. Ils n’ont plus d’enfant.
Impossible de se mettre en route, les bombardements ne cessent pas et le matériel lourd encombre les routes. La prudence est de rigueur.
mardi 25 juillet
Violents bombardements vers FRANCEVILLE, nous avons espoir que CABOURG et DIVES soient libérés prochainement. Nous partons en voiture pour CAEN. Nous trouvons nos cousins rue de Bayeux. Ils fouillent les ruines, ils voudraient retrouver des photos. Nous restons un long moment sans parler. Mon mari et moi, cherchons aussi, sachant à l’avance que nous ne trouverons rien. Ma cousine m’explique enfin qu’ils sont réinstallés au Lycée. Ils sont plus proches de leur fille enterrée dans la cour.
Elle me parle des projets de sa fille, de son œuvre, elle avait un service très chargé dans le Lycée, préparation et distribution des biberons pendant les tragiques évènements. Partis à midi pour BAYEUX, leur fille a été tuée l’aprés-midi. La mort a été foudroyante, un éclat d’obus dans la tête, son enterrement mouvementé, les obus tombaient de toutes parts. Ils n’ont pas pu assister à l’enterrement, les routes étaient trop encombrées et ils n’ont pas eu l’autorisation. C’est en service commandé qu’elle est tombée. Tu sais, me précise sa mère « c’est un éclat d’obus Allemand qui l’a tuée ».
Le Chanoine LENAULD prononça une allocution lors du service de Denise, en voici quelques passages:
« En quelques années, cette jeune fille avait connu une carrière qui eut grandement honoré une maturité. C’était un épi mûr et Dieu l’a moissonné .
Heureuse est-elle : plaignons ceux qui demeurent.
Denise OLIVE , a mérité la Croix de Guerre à un poste obscur et solitaire, à une heure au danger certain, or, marcher ainsi, seule, sans autres témoins que sa conscience et son Dieu, au devoir modeste, parce qu’il est ce devoir, l’expression présente de la volonté du Maître auquel s ‘est donné le moyen de servir ses frères (dans la circonstance, les bébés de la pouponnière qui , malgré les bombardements devaient avoir leur biberon) c’est atteindre le perfection de la Charité. »
Oui, il avait raison le Chanoine LENAULD, la courte vie de ma cousine a été un acte de charité, pour les résistants dont elle faisait partie, pour moi qui était venue me greffer sur sa mince ration, pour les occupations de ses derniers jours. Cette pauvre petite est morte à 20 ans, comme elle le désirait, en soldat. »

« La Normandie à été crucifiée par les alliés afin que l’invasion de l’Allemagne puisse vivre » Philippe WITCOMB dans Baltimore Sun


Que de victimes allaient encore s’ajouter à la liste déjà longue de nos parents et amis.
jeudi 27 juillet
2h : Le bombardement est intense, des fusées éclairent le ciel, des obus éclatent sans arrêt, des bombes tombent.

Au matin, nos voisins trouvent sur leur poulailler un parachute qui a descendu en fusant et qui a explosé sans trop de dégâts.
21h : Visite de Mr ACHARD qui me présente une note à signer. C’est ce que j’ai gagné à la Défense Passive. Je croyais que nos occupations étaient bénévoles. Je ne signe rien. Mr ACHARD était un jeune homme de BLAINVILLE, qui m’avait remplacé à la défense passive. Il avait beaucoup lu, pendant une maladie qui l’avait immobilisé de longs mois, dans le pays c’était « le Docteur »

vendredi 28 juillet
Promenade à BAYEUX, nous rencontrons Mr TRIBOULET à 14h30. Nous rentrons par STE CROIX GRAND TONNE ou je vois madame TRIBOULET et ses enfants. Je passe une bonne journée. La nuit violents bombardements.
lundi 30 juillet
Nous avons la visite de Canadiens qui sont à HEROUVILLE. Celui que nous recevons chez nous est très triste, plusieurs de ses camarades ont été tués par des bombes, cette nuit. Ils vivent dans des caves . Il apporte de bons biscuits et me donne de la laine que sa maman lui a envoyé pour un bébé Français. Je suis heureuse de l’aubaine, la couleur grise n’est pas très jolie mais de la laine sans ticket, c’est une affaire.
mercredi 8 Août
Pierre a 1 an. Des avions anglais et Allemands se rencontrent au dessus de BLAINVILLE. Un avion Anglais tombe, 2 aviateurs sont sauvés par leurs parachutes mais 4 de leurs camarades sont brûlés vifs.
A 20h, Mr PIEPLU vient me rendre visite. Le Maire me demande de signer la note de la Défense Passive. Il m’explique que les autres membres ont besoin d’argent et ne peuvent rien signer, ni toucher sans moi. Le Directeur, un brave homme, a équilibré les heures de présence assez justement, malgré l’opposition de sa femme qui entendait mettre son grain de sel dans la comptabilité. C’était une femme orgueilleuse et très fière d’avoir eu un petit rôle à jouer pendant ces graves évènements. Je signe donc ce que je ne considérerai jamais comme un droit.
lundi 13 août
Les jours précédents, nous avons entendu le bruit des combats qui se déroulaient pour la libération de CABOURG et de DIVES. J’ai hâte d’y retourner pour avoir des nouvelles de mes parents et de mes 2 sœurs. La route de DIVES est paraît-il libre. Nous partons, à RANVILLE un soldat Angais nous laisse passer. Au HOME VARAVILLE, nous sommes arrêtés par deux sentinelles qui nous préviennent que DIVES est toujours occupée par les Allemands, que le pont a sauté et la route minée. Pour aller à DIVES, il faut laisser la voiture et passer en barque. Nous faisons demi-tour, le bébé est avec nous et nous ne voulons pas prendre le risque.
Mercredi 22 août
Nous pouvons mettre notre projet a exécution et nous partons Didier et moi. Nous laissons la voiture à CABOURG et passons en barque la Dives. Les alentours de la gare sont intacts. Il n’en est pas de même pour la maison de mes parents qui est lézardée de haut en bas, les portes ouvertes, les fenêtres cassées, tout est saccagé, les habitants ont disparus. Tout le monde a quitté la maison très vite à en juger par la vaisselle sur la table et le linge étendu dans le jardin. En repartant à CABOURG, nous parlons avec un habitant, DIVES a été évacuée le 27 juillet. Le secrétaire de Mairie me dit avoir aperçu une de mes sœur à LISIEUX avec son mari,pour le reste de la famille, pas de trace.
Nous regagnons BLAINVILLE, car la nuit commence à tomber, et en plus l’orage menace. En rentrant, je suis appelée pour un accouchement qui se passe normalement à 23H.
vendredi 24 août
Le danger s’éloigne de BLAINVILLE, mais nous avons toujours quelques avions qui surgissent l’après-midi et lâchent des bombes, ils sont de moins en moins nombreux. Les bruits concernant FALAISE sont alarmants. Les Allemands, sont repoussés un jour et reprennent du terrain le lendemain.
Ma sœur Germaine et son mari arrivent venant de LISIEUX. Mes parents sont à BERNAY. Ma sœur Marie-Josèphe, mon neveu et ma nièce sont à PARIS. La vie reprend petit à petit.

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1 commentaires pour cet article

  1. NICOLLE dit:

    Je suis le fils d’une infirmière ayant exercé au chateau de Bénouville entre 40 et 44.
    Je recherche des personnes susceptibles de l’avoir connue à cette époque.
    Son nom : Jeanne NICOLLE née le 18 mars 1918 à Crouay.
    Merci de me contacter si … par email ou par téléphone au 06 58 05 36 13 ou 04 94 79 27 55.

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